Interview de François Bagaini

1/ Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Un peu atypique, depuis ma sortie de l’école de Lyon, j’ai toujours poursuivi des activités annexes en parallèle de mon exercice professionnel en clientèle. D’abord en immunologie et virologie, puis en bio-informatique appliquée à l’immunologie, enfin en data-science.

2/ Pourquoi avoir choisi cette voie après avoir exercé ?

Au bout de 25 ans d’exercice en clientèle j’ai fini par comprendre qu’il m’était impossible de partager mon temps entre mes deux passions chronophages que sont la médecine interne et la data-science. J’ai donc décidé d’abandonner la clientèle et d’entreprendre une formation en alternance à Centrale Supélec pour me donner les moyens de réussir dans la voie de la data-science.

3/ En quoi consiste le travail d’un data scientist ?

Le data-scientist est un expert créatif de la donnée. Il est responsable de la collecte, du stockage, du nettoyage, de la structuration, de l’enrichissement et de la modélisation de la donnée. Il est également impliqué dans la visualisation et la distribution de l’information issue des données.

Le data-scientist doit être curieux, ouvert et savoir travailler en transversal avec une vision globale, afin de  comprendre la stratégie de l’entreprise, la problématique des différents métiers. Cette compréhension est indispensable pour formaliser et anticiper les besoins. Sa capacité d’analyse lui permet d’extraire la valeur contenue dans les données et sa capacité de synthèse lui permet de restituer les résultats à la lumière de la stratégie de l’entreprise.

Techniquement, le data-scientist possède un bon bagage en statistiques et en machine learning. Le machine learning est une mise en œuvre actuelle de l’intelligence artificielle, par le biais d’algorithmes capables d’apprendre seuls à partir des données. Le data-scientist maîtrise les langages de programmation qui lui permettent d’adapter ses outils analytiques et d’aider à la conception des applications qui mettent en oeuvre les modèles analytiques qu’il a développés. Enfin le data-scientist sait naviguer, avec l’architecte de données, dans les systèmes de gestion de données et des processus. Il doit savoir faire preuve d’abstraction car le paradigme de stockage des données a changé avec le big data. La base de données relationnelle, construite sur un schéma définissant a priori la structure des données, évolue vers le lac de données où les données de toute nature se déversent et à partir duquel les données sont ensuite puisées et structurées a posteriori.

4) Big data et Intelligence artificielle commencent à trouver leur place et à montrer leur pertinence en médecine humaine, quels enjeux ces nouvelles technologies représentent elles pour la profession vétérinaire ?

Les bases médicales françaises permettent d’envisager des applications en épidémiologie, avec l’identification des facteurs de risque, en pharmaco-vigilance avec l’identification des effets indésirables de certains médicaments, en clinique avec une aide au diagnostic et en thérapeutique avec la personnalisation des traitements, notamment en cancérologie. En pratique, ces bases sont réservées aux agences sanitaires et organismes publics de recherche, ce qui restreint le champ d’investigation. En 2016, 50 chercheurs ont accédé à la base du SNIIRAM (Système national d’information inter-régimes de l’Assurance maladie), c’est beaucoup et c’est en même temps ridicule à côté de la multitude des enjeux médico-sanitaires qui concernent les citoyens.

Des applications similaires sont évidemment envisageables en médecine vétérinaire, avec quelques restrictions liées à un plus faible niveau d’informations disponibles par patient, notamment l’absence  de séquençage individuel complet du génome. Cependant le frein actuel est l’absence de mise en réseau des données médicales vétérinaires. Pour bénéficier de cette manne technologique, la profession doit commencer par s’organiser autour d’une mutualisation des données médicales anonymisées. Par ailleurs elle doit faire valoir ses besoins et ses exigences pour des applications « clés en main » dont elle garde le contrôle.

5/ Pensez-vous que la formation initiale des vétérinaires les prépare suffisamment à l’arrivée d’un nouveau mode d’exercice lié à ces évolutions technologiques ?

Je pense qu’il s’agit essentiellement d’un problème de culture. La profession est une petite corporation qui, pendant longtemps, n’a pas éprouvé la nécessité de se fédérer autour d’objectifs communs. L’évolution vers plus de partage et vers le regroupement de structures d’exercice pour mutualiser les ressources, permet d’envisager, à terme, une mutualisation de l’information, source de richesse pour la profession. En revanche l’information est une ressource sensible qui intéresse aussi les services marketing des laboratoires pharmaceutiques et les compagnies d’assurances de santé animale. Peut-être est-il temps de se faire confiance et d’envisager une coopération éclairée entre ces différents acteurs dans une stratégie gagnant-gagnant encadrée? Aujourd’hui le vétérinaire praticien est le seul à ne pas monétiser l’information qu’il génère.

6/ Comment les accompagner afin qu’ils ne se sentent pas menacés par la révolution numérique, mais qu’ils en fassent un atout dans leur pratique au quotidien ?

La réponse à cette question est un roman fleuve qui n’est pas encore écrit. La révolution numérique dépasse très largement le cadre de la profession. Il s’agit essentiellement d’une mise en réseaux de plus en plus dense et continue des individus avec l’instauration de mémoires collectives et privées où sont stockés toute l’information numérisable et les comportements des acteurs du réseau. La réelle menace est la désinformation avec plus de 80% de non information sur le net.

Pour un praticien, la menace reste modérée, dans le cadre de son domaine de compétence. Par ailleurs, la révolution numérique est une opportunité pour améliorer la qualité et l’étendue de son domaine de compétence, avec entre autres, l’information des réseaux professionnels, l’e-learning, la communication interactive entre confrères, le recueil de données issues d’objets connectés, la mise en place de médecine basée sur les preuves, ces preuves étant contenues dans les fichiers médicaux de la profession, l’aide au diagnostic, notamment en imagerie, la mise en place d’un business basé sur les preuves… L’enseignement pourrait introduire des bases pour mieux appréhender ce qui se cache derrière l’exploitation de données avec un volet médical et un volet business.

La révolution numérique affecte principalement le comportement des consommateurs, donc des propriétaires d’animaux. Le ZMOT (Zero Moment Of Truth) est un concept marketing introduit par Google en 2011 qui définit une période dans le processus d’achat du consommateur où celui-ci commence par se renseigner sur internet à propos du produit. Ce produit est bien entendu le vétérinaire qu’il va consulter, le pourquoi il va consulter, la solution qu’il attend du vétérinaire. Ensuite classiquement, survient le premier moment de vérité, lorsque le client accepte le devis. Enfin, après la conclusion de la « vente », le processus se poursuit lorsque le client rentre chez lui, par le second moment de vérité. Il s’agit de l’évaluation sur internet de la solution proposée, de la perception personnelle de l’efficacité et du rapport coût/bénéfice de la solution proposée et parfois d’une demande complémentaire d’informations. Cette phase est primordiale dans le processus de fidélisation du client et elle peut se raccourcir lorsque le client consulte internet de retour dans sa voiture ou en salle de consultation ! Est-ce une menace ? C’est en tout cas une opportunité pour la profession d’englober la dimension marketing dans l’exercice et de développer des outils, encore une fois mutualisés, pour soutenir le praticien dans cette pratique chronophage.

En ce qui concerne les réseaux sociaux ils sont incontournables, notamment pour le recrutement. En effet  la génération C (Communication, collaboration, connexion et créativité) qui suit la génération Y est une population communicante grande consommatrice de réseaux sociaux. En revanche un positionnement marketing des structures d’exercice vétérinaire sur les réseaux sociaux est une stratégie qui doit être bien évaluée a priori et a posteriori.

Grande Enquête : découvrez la typologie des répondants !


2598 vétérinaires ont participé à la grande enquête en ligne visant à recueillir la vision des vétérinaires sur l’avenir de la profession.
Basée sur un système d’analyse sémantique des réponses aux questions ouvertes posées, les résultats précis seront transmis à la rentrée.
D’ores et déjà, on peut vous donner quelques chiffres sur la typologie des répondants :
• Sur l’ensemble des répondants il y a 59% de femmes.
• Une bonne participation des jeunes classes d’âge : les 2/3 des répondants ont moins de 45 ans et un quart moins de 30 ans !
• 84 % sont des praticiens dont parmi eux 63% de libéraux.
Parmi les praticiens, 59% exerce en canine, 27% en mixte, 8% en rurale, 5% en équine et 1% en NAC.
• La répartition régionale des participants est équivalente à celle des inscrits à l’ordre des vétérinaires.

Lancement des Etats Généraux de l’Alimentation

Lancés le 20 juillet dernier, les Etats Généraux de l’Alimentation visent à :

La méthode

Les États généraux de l’alimentation s’organisent en deux chantiers, un premier chantier consacré à la création et à la répartition de la valeur et un deuxième chantier portant sur une alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous.
Le débat conduit dans le cadre des États généraux de l’alimentation associera l’ensemble des parties prenantes : monde agricole et de la pêche, industrie agroalimentaire, distribution, consommateurs, restauration collective, élus, partenaires sociaux, acteurs de l’économie sociale et solidaire, et de la santé, ONG, associations caritatives et d’aide alimentaire à l’international, banques et assurances.

Le calendrier

Les citoyens sont appelés à contribuer via une grande consultation publique permettant d’enrichir la réflexion, ouverte le 20 juillet et s’achèvera à la fin du mois d’octobre. La plateforme est accessible à l’adresse suivante : https://www.egalimentation.gouv.fr/

Les parties prenantes sont invitées à participer à quatorze ateliers thématiques qui se dérouleront entre la fin du mois d’août et la fin du mois de novembre. L’ensemble des attendus et contributions serviront à élaborer un agenda des solutions.

Quels rôles pour les vétérinaires dans cette redéfinition de la valeur ?

Les vétérinaires, à l’interface Homme/Animal/Environnement et maillon indispensable du concept EcoHealth, sont un garant de la santé et du bien-être animal. Ils représentent, à ce titre, l’un des éléments créateurs de valeur (ex: via la certification). N’hésitez pas à contribuer sur ce blog ou via les réseaux sociaux de VetfutursFrance !

Université d’été de Castres : les enjeux du digital et l’apport du numérique dans la santé animale 

par Annick VALENTIN-SMITH*

L’Université d’été de la e-santé accueillait le 6 Juillet à Castres, deux sessions consacrées à la e-santé animale autour des questions de savoir pourquoi et comment le digital va modifier l’écosystème de la santé animale dans les prochaines années. Si des progrès ont déjà été réalisés grâce à des solutions digitales originales et innovantes, le marché émerge à peine et il va bouleverser les rapports existants entre les professionnels de la santé animale, les animaux et leurs propriétaires.

La question animale gagne aujourd’hui en médiatisation et en visibilité, mais reste encore débattue entre diverses approches, et son devenir est incertain puisque soumis aux aléas sociologiques et économiques. Sa gestion sera-t-elle pacifiée ou conflictuelle ? Ce thème a été débattu en envisageant cinq scénarios prospectifs pour les quinze prochaines années :

  • Un rapport économe à l’animal
  • L’animal intégré
  • Les animaux comme variable d’ajustement
  • L’animal idéalisé et exfiltré
  • Une question animale éclatée

On peut remarquer que seul le 2ème scénario envisage un avenir où les animaux sont plus présents, plus nombreux, plus visibles et interagissent avec l’homme, sans conflits croissants. Ces scénarios ont été récemment publiés dans Le rapport homme-animal : cinq scénarios à l’horizon 2030, Analyse n° 95, novembre 2016 (http://www.agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/analyse951611.pdf).

On constate néanmoins à ce jour qu’en parallèle du courant d’humanisation du marché des animaux de compagnie se développent un peu partout dans le monde des services concernant la santé et le bien-être. Cette évolution questionne la place que le chat et le chien prennent dans nos sociétés avec la part croissante des soins que leurs maîtres leur apportent au-delà de leur alimentation. Ainsi de nouveaux produits et services (géolocalisation, systèmes de suivi d’activité, surveillance, gamelles connectées, …) font leur apparition aux Etats-Unis, en Europe et en Asie, ce qui participe à la réflexion de la profession vétérinaire sur son futur.

L’animal communicant

Les technologies du numérique viennent augmenter les capacités de connaître, de suivre, d’interpréter et donc de gérer les données issues des animaux. En passant à un modèle de traitement des données en continu basé sur un triptyque : information (disponible à tous potentiellement) / produits (diagnostic, médicament, dispositif) / services (vétérinaire), il doit en résulter une amélioration de la qualité des soins, une médecine vétérinaire plus prédictive, un meilleur suivi des traitements et des effets indésirables, et aussi une évaluation en continu des médicaments (pharmacovigilance). C’est l’entrée dans l’ère de la médecine des 4 P : préventive, prédictive, personnalisée et participative. Grâce aux capteurs dont il sera équipé, l’animal jusqu’à présent muet va devenir communicant et pouvoir livrer des données objectives à son propriétaire et à son vétérinaire. Par ailleurs, la présence de capteurs dans les élevages va permettre la traçabilité et la transparence que les consommateurs demandent : moins de défiance et plus de confiance dans les méthodes d’élevage. Pour l’industrie vétérinaire, le numérique modifie profondément et modifiera encore davantage les modèles économiques ainsi que les relations avec les clients.

Vetfuturs France

Face à ces changements majeurs, il est apparu nécessaire que la profession vétérinaire prenne le temps de la réflexion en analysant le contexte dans lequel elle évolue aujourd’hui pour préparer et créer son avenir plutôt que de le subir. C’est ainsi qu’est né en 2016 le projet Vetfuturs France porté par le Conseil national de l’Ordre et le SNVEL. La profession vétérinaire évolue dans un monde en pleine mutation. Le temps s’est accéléré, les progrès scientifiques et techniques sont foudroyants, les informations arrivent en masse et instantanément. Le vétérinaire fait face à des clients dont les valeurs ont changé. Il doit en permanence adapter son savoir-faire, son savoir être dans un environnement économique instable. L’avenir qui semblait assuré pour des décades il y a vingt ans est désormais beaucoup plus imprévisible et incertain. Des questions se posent pour la profession : A qui appartiennent les data ? Quid du big data ? Et du smart data ? Va-t-on vers une « ubérisation » de la profession ? L’intelligence artificielle va-t-elle remplacer le vétérinaire ou peut-elle enrichir le contenu de sa fonction ? Ainsi, la question n’est pas, « Vais-je subir une disruption ? », mais « Quand vais-je la subir ? », et « Sous quelle forme et comment vais-je être affecté ? ». La journée du 10 novembre 2017, consacrée à Vetfuturs, lors du Congrès ordinal de Nancy tentera de répondre à ces questions.

Crises sanitaires

L’actualité récente a montré que les crises sanitaires animales sont une menace majeure pour la santé des animaux mais aussi pour la santé humaine. Les solutions digitales ont permis de renforcer les systèmes d’alerte et la gestion des crises sanitaires en permettant la diffusion rapide et large des informations dès la détection d’un foyer suspect. Cette détection des foyers est plus précoce, la transmission des données entre les différents maillons de la chaîne est plus sûre et plus rapide, et notamment la mise en commun des données entre les différents pays et, dans les zoonoses récentes, entre les instances santé humaine et santé animale (Organisation mondiale de la santé animale – OIE et Organisation mondiale de la santé -OMS). Quelles sont les solutions digitales actuellement sur le marché à vocation santé pour les animaux ?

Digital et santé des bovins

Le concept d’élevage de précision émerge depuis plusieurs années, notamment dans les exploitations bovines. Son développement s’explique par la disponibilité de nouvelles technologies dans les domaines de la microélectronique, de l’informatique, des télécommunications et des nanotechnologies, mais aussi par le besoin des éleveurs d’accroître la productivité et l’efficience de leurs élevages. L’élevage de précision est utilisé en élevage bovin laitier pour le pilotage de l’alimentation, la détection des troubles infectieux et métaboliques et/ou la surveillance des évènements liés à la reproduction. L’élevage bovin laitier est très connecté puisque 70% des éleveurs de vaches laitières sont connectés, et 90% des exploitations importantes sont connectées. Ce chiffre a doublé depuis 2010. Une enquête réalisée en 2015 auprès de 772 éleveurs laitiers a montré que le frein principal à l’adoption de l’élevage de précision est le coût de cet investissement, alors que le gain en confort de travail et en confort de vie personnelle sont les principales motivations. Les résultats sont connus et parlent d’eux-mêmes : pour la détection des chaleurs chez la vache laitière, l’éleveur les détecte dans 50 % des cas, les solutions connectées dans 80% des cas et on arrive à près de 100 % lorsque l’éleveur s’associe aux capteurs. La limite n’est pas le capteur mais le traitement des données qu’il produit et surtout sa transformation en information pertinente. Les bénéfices financiers ne sont pas évidents mais ces solutions peuvent permettre que se maintiennent des productions animales et pourraient même rendre le métier d’éleveur plus attractif.

Digital et santé des chevaux

La filière équine attire depuis quelques années de nombreuses start-ups. Un cardio-fréquencemètre embarqué, un livret de santé dématérialisé ou un chatbot vétérinaire, quelle utilité pour un cheval ? La filière équine s’approprie les nouveaux outils du numérique pour améliorer le bien-être, la santé et la performance des équidés. Les facteurs clés de succès pour le déploiement de la e-santé dans la filière équine sont maintenant bien identifiés. Les intégrer dès le départ est indispensable : penser usage plutôt que technologie, ne pas oublier les hommes (propriétaires, vétérinaires,… ), intégrer la règlementation et trouver un modèle économique viable. Et surtout, ne pas vouloir faire du cheval un animal bionique !

De nouvelles solutions arrivent. Les animaux peuvent être équipés de nombreux capteurs qui mesurent leur activité, leur température et bien d’autres paramètres biologiques. Les données capturées vont se transformer grâce aux algorithmes en informations pertinentes et vont permettre d’alerter. Des opportunités existent et le marché se développe à grand pas. Il y a de fortes attentes et les prix devraient être revus à la baisse. Si la législation et la règlementation ne sont pas aussi poussées qu’en santé humaine, les données de santé animale ne sont pas soumises aux mêmes contraintes. Bien que la demande des propriétaires soit forte, l’achat n’est encore que très rare et l’utilisation souvent très limitée dans la durée. La caution des vétérinaires serait un levier puissant. Gadget ou utile ?  Il n’en reste pas moins que le premier frein à l’utilisation large de ces solutions reste de très loin leur fiabilité. Faut-il une règlementation ? Ou des essais cliniques ? Un label de qualité ? Toutes ces questions restent posées, mais des solutions sont déjà trouvées : le digital et la santé animale ont démontré leur synergie.

 

Pour en savoir plus

Et vous pourrez retrouver toutes les interventions de l’université d’été de Castres sur la e-santé dans leur intégralité en vidéo dans quelques semaines sur le site TV-esante.com.

 

* Annick VALENTIN-SMITH, vétérinaire et titulaire d’un MBA digital, est la responsable et la co-animatrice du programme de l’Université d’été sur la e-santé animale.

Interview d’Emmanuel Thébaud, Directeur communication et marketing de Coveto

Le point de départ de la réflexion d’Emmanuel est : Comment le Vétérinaire est représenté sur les supports de fiction ?
Au cours du temps, Emmanuel accumule les références afin d’en identifier un message commun.

Quelle est, pour toi, l’image du véto au sein du Grand Public ?

La base culturelle de l’image vétérinaire n’est pas neutre au sein de notre société. Le vétérinaire est celui qui sait parler aux animaux, son âme sœur, son ange gardien.
Ce mythe, né au XIXème siècle a trouvé sa maturité dès la fin des années 60. La série TV Daktari, si ancrée dans le mythe Vétérinaire, est restée dans les mémoires.
Même dans les émissions actuelles de Téléréalités où le vétérinaire est mis en scène, on ne peut échapper au long moment d’échange entre le vétérinaire et l’animal : il le regarde, il le touche, il lui parle, il le comprend.
Ce mythe est extrêmement positif. Bien des professions rêveraient d’une telle image.
Souvenez-vous, pour les vétérinaires non libéraux, de cette étincelle dans les yeux de votre interlocuteur qui s’allume quand vous lui dîtes que vous êtes véto ! …. et de ce désintérêt immédiat quand vous ajoutez que vous ne soignez plus les animaux….c’est une évidence, vous sortez du mythe !
Ce sentiment demeure au sein de chacun d’entre nous, même si parfois il est très enfoui. On ne se débarrasse pas comme ça de ce qui a nourri une vocation !

Est-ce qu’aujourd’hui, le vétérinaire est en phase avec son image ?

Cette question est complexe. Le Vétérinaire libéral en est certainement le plus proche. Mais il doit faire face à toutes les difficultés d’un chef d’entreprise et du relationnel client. Il n’a donc pas toujours un discours très valorisant sur son métier et s’éloigne naturellement du mythe à l’épreuve de la réalité.

Les vétérinaires en filière industrielle ou en abattoir, par exemple, ont davantage un discours en lien avec la qualité alimentaire et le fait de préserver la santé humaine. Même s’il est louable et pragmatique, le public n’est pas toujours en capacité de l’entendre…
Dans sa vision d’un vétérinaire, il le positionne d’abord, dans ces filières, dans un rôle de garant du bien-être animal.
Pour résoudre cette difficulté, il me semble que les vétérinaires devraient faire l’effort de toujours d’abord communiquer sur leur relation à l’animal, quelle que soit la filière. La communication sur la santé humaine est, bien sûr, utile et possible mais avec, en complément, de la « relation spéciale » du vétérinaire avec les animaux.

Quels sont les risques et opportunités pour notre profession ?

Le plus grand risque serait bien sûr de casser ce mythe très positif. En effet, il est très fort et protecteur car la valeur animale est très présente dans nos sociétés.
La communication vétérinaire doit donc veiller à bien l’appréhender pour éviter d’énormes quiproquos.
A l’inverse, l’émergence du dossier du bien-être animal dans l’actualité est une véritable opportunité pour les vétérinaires. L’ordre et le syndicat ont heureusement participé à positionner le véto dans ce dossier.
La communication sur le rôle du vétérinaire dans la sécurité alimentaire et la santé publique est indispensable mais attention, il faut d’abord construire son discours autour de l’animal puis expliquer les impacts sur l’homme. Même si le véto a plusieurs cordes à son arc, la majorité travaille en relation directe avec les animaux. Ne mettons pas en péril d’image le gros des troupes au nom de la diversité du diplôme.
A défaut, on risque de tuer la poule aux œufs d’or et il faudra longtemps pour reconstruire une image aussi positive d’une autre façon. Je crois même que se serait impossible.

De plus, si le véto quitte cette « niche anthropologique » (celui qui fait le lien avec les animaux), la place sera prise par d’autres : associations défense animale, comportementalistes …
Ce risque est majoré par Internet. Tout d’abord, les vétérinaires sont trop absents du net et ce pour deux raisons :
– Ils appréhendent mal le mythe du véto et vivent leur métier différemment. Les débats en ligne leur semblent souvent « à côté de la plaque ».
– Ils préfèrent se concentrer sur le concret plutôt que le discours.

Mais le risque est double :
– Internet a tendance à tout remettre en cause et donc à « grignoter » ce mythe ultra positif du vétérinaire. Les vétos seraient donc inspirés de le défendre intelligemment.
– La place privilégiée de « l’homme qui comprend les animaux » commence à être revendiquée par d’autres. C’est une énorme enjeu de légitimité pour la profession.

Le besoin de lien entre l’animal et l’homme est anthropologique et il perdurera. La société voit les vétos comme les gardiens de ce lien. Sauront-ils conserver cette image ?

Quelques références :
le Vétérinaire Rural doit construire son discours à l’adresse du Grand Public (Bulletin GTV Mai 2014).
Féminisation un atout d’image ? (Journée GTV Mai 2014)