MOND’Alim 2030 : quelle place pour les vétérinaires dans les systèmes alimentaires de demain ?

Quelle place pour les vétérinaires dans les systèmes alimentaires de demain ?

L’exercice de prospective MOND’Alim 2030, piloté par le Centre d’études et de prospective, vise à caractériser la phase de mondialisation actuelle, documenter les dynamiques à l’œuvre, envisager leur prolongement d’ici 2030 et identifier certaines ruptures déjà en germes.

 

Six thématiques ont été dégagées :

  • Évolutions des conduites et des modèles alimentaires
  • Dynamiques du commerce international
  • Internationalisation de la recherche, des bases de données et des innovations
  • Mondialisation des risques et des problèmes publics
  • Acteurs publics et privés de la mondialisation
  • Enjeux et tendances en matière de gouvernance

 

A titre d’exemple, le vétérinaire pourrait trouver toute sa place dans un système où la gouvernance mondiale des risques se consolide. En effet, cela est particulièrement marquée en santé animale, avec la mise en place d’une doctrine globale (One Health) et de nombreux instruments, profitant de la fluidité offerte par les technologies de communication : bases de données partagées, structuration de réseaux de surveillance et d’alerte, programmes de recherche, etc.

 

Retrouvez le résumé de l’étude sur : http://agriculture.gouv.fr/telecharger/84441?token=41bdb6bed683f6aa890ada49ba6d8108

 

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Participez à la grande enquête Vetfuturs !

L’avenir de la profession vétérinaire est entre vos mains, et vous avez en ce moment la possibilité d’y contribuer* en participant en répondant à notre enquête vetfuturs jusqu’au 10 Juillet en cliquant ici. Vous pourrez ainsi expliquer quelles sont les valeurs qui comptent le plus pour vous en tant que vétérinaire, quelles sont les caractéristiques essentielles de la profession et exprimer votre vision du métier de vétérinaire en 2030.

*Le questionnaire est anonyme et la confidentialité des réponses sera préservée.

 

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Vetfuturs – Interview de Pierre Dufour

Interview de Pierre DUFOUR (Toulouse 2016), entrepreneur

« Je souhaite que les nouvelles technologies optimisent la relation entre les propriétaires d’animaux et les vétérinaires dans le respect du Code de déontologie »

Pierre DUFOUR, vous êtes tout jeune diplômé, puisque vous venez de soutenir votre thèse d’exercice. Pourquoi avoir fait le choix professionnel de développer de nouvelles technologies au service de la profession plutôt que celui de la pratique professionnelle ?

Je continue à pratiquer, à temps partiel, mais si j’ai choisi de passer la majorité de mon temps au développement d’un chatbot vétérinaire c’est pour deux raisons. Premièrement, car j’aime l’idée de créer une entreprise, et par elle un outil capable d’aider les propriétaires avec des informations fiables et rapides. Et deuxièmement, car j’ai à cœur de faire évoluer la profession vétérinaire en lui donnant la possibilité de s’approprier ces nouvelles technologies. Je suis très enthousiaste à l’idée de les utiliser et impatient de voir notre profession entamer la révolution numérique.

Comment, selon vous, la révolution numérique transformera-t-elle l’exercice au quotidien du vétérinaire praticien ?

La révolution numérique offre indéniablement de nouveaux outils. Ce sont ces outils qu’il nous faudra apprendre à utiliser. Selon moi, ils changeront notre manière d’apprendre, ils nous permettront de davantage nous focaliser sur la réflexion et l’éthique. Ils seront de futurs examens complémentaires très puissants qui nous donneront des informations supplémentaires à interpréter et à intégrer dans une démarche thérapeutique globale.

Quel en sera l’impact sur la relation entre le propriétaire et le vétérinaire ? S’agira-t-il d’améliorer le service rendu au client ? De dégager des gains de productivité pour l’entreprise vétérinaire ?

La relation entre le propriétaire et le vétérinaire est au cœur de notre métier. La technologie nous permet bien sûr d’améliorer le service rendu grâce à une prise en charge du patient plus adaptée, plus personnalisée. Mais elle nous permet surtout, en facilitant des tâches répétitives, automatisables, et en augmentant notre gain de productivité, de nous concentrer sur l’humain et sur ses atteintes.

A quel point pourra-t-on parler de télémédecine vétérinaire sans déroger aux dispositions du Code de déontologie? Comment concilier l’apport des nouvelles technologies dans l’exercice et les obligations déontologiques du vétérinaire telles que le secret professionnel si des données confidentielles transitent par des outils d’intelligence artificielle ?

Pour l’instant, la télémédecine est interdite au sein de notre profession. En médecine humaine, on voit déjà l’émergence de nouveaux services de téléconsultation. Ce sujet est très complexe et nécessite une réflexion sérieuse et mesurée. À titre personnel, je pense que nous ne devons pas oublier ce qui la motive : l’animal et son bien-être, et réfléchir dans ce sens. Tout n’est pas blanc ou noir et certains sujets sont à nuancer : la télémédecine ne signifie pas l’absence du vétérinaire. L’examen clinique physique restera pour moi toujours essentiel. Quant à la confidentialité des données, il est vrai que c’est un problème auquel la profession devra faire face, en faisant sienne, par exemple, ces technologies et les datas qu’elles créent. Nous avons la chance d’avoir une profession réglementée, avec une notion de confraternité, et c’est une force que nous ne devons pas sous-estimer.

Vetfuturs – Interview de Pascal Gené

Pascal GENÉ (Alfort 85), Sales Executive Watson Santé chez IBM France

Créé en 2006, Watson est un puissant robot d’intelligence augmentée qui sait analyser très rapidement une multitude de données. Dans le domaine de la santé, il sait également analyser les informations concernant les patients et proposer aux cliniciens une aide au diagnostic et à la prescription, dans des domaines aussi précis que la radiologie ou l’oncologie.

Pascal GENÉ, vous travaillez actuellement chez IBM sur le projet Watson Santé. En tant que vétérinaire, pouvez-vous nous décrire comment ce robot pourrait révolutionner l’exercice de la médecine des animaux ?

Il serait assez logique que les technologies cognitives, qui ont fait leur apparition en médecine humaine il y a maintenant trois ans, se développent dans un second temps en médecine vétérinaire tout comme l’ont fait en leur temps d’autres techniques : électrocardiographie, échographie, scanner, tests génétiques, …

Pour autant, je n’emploierais pas le terme de révolution mais de transformation car certaines de ces activités pourront être assistées par de l’intelligence augmentée, comme par exemple lire des images médicales, ou poser des questions à un spécialiste très compétent… qui ne sera rien d’autre qu’un assistant virtuel.

Enfin, la différence par rapport aux technologies précitées est qu’il faudra au préalable que Watson soit éduqué à la médecine vétérinaire, et pour ce qui nous concerne, en français. Il faut du temps en médecine humaine pour cette éducation. Nous avons commencé par le cancer, mais il reste encore beaucoup à faire, dans les domaines cardio-vasculaire ou neurologique par exemple. Il faudra donc non seulement du temps pour voir tout cela arriver en médecine vétérinaire, mais aussi que des sociétés, notamment des start-ups, se chargent de développer des solutions pour le monde vétérinaire, qu’IBM ne prévoit pas ce jour d’aborder en direct.

 

Quels arguments avez-vous pour convaincre vos confrères praticiens que Watson ne va pas progressivement les remplacer, mais qu’il s’agit d’un réel outil d’aide au diagnostic ou à la prescription ?

Comme toute technologie puissante, à l’instar par exemple de l’énergie nucléaire, l’intelligence artificielle peut être utilisée pour le meilleur comme pour le pire et nécessite de ce fait que les acteurs (éditeurs, utilisateurs) soient très clairs sur leurs intentions et sur la manière dont ils la mettent en œuvre. C’est pourquoi chez IBM nous préférons parler d’intelligence augmentée pour bien montrer que c’est l’être humain qui garde le contrôle, et qu’il bénéficie d’une aide qui augmente ses propres capacités cognitives. C’est le choix de société que nous faisons pour la mise en œuvre de ces technologies.

D’autre part, cette augmentation est moins à considérer en termes de degré d’intelligence, qu’en termes de rapidité. Par exemple Watson peut lire des dizaines de millions de documents en quelques secondes. C’est donc comme un assistant, ou une myriade d’assistants, qui prépareraient le travail pour laisser au vétérinaire le cœur de son métier : la décision médicale, fondée sur son expertise, et la relation avec les animaux et les propriétaires. Du reste, aux Etats-Unis, les assistants cognitifs sont aussi utilisés pour la déclaration d’impôts !

Enfin, il ne faut pas oublier que le vétérinaire est un multi-spécialiste, à la fois en termes de domaines médicaux, mais aussi d’espèces. Il a donc nettement moins de risques de voir l’ensemble de son activité menacée par une intelligence artificielle que des spécialistes dont la seule activité est potentiellement automatisable. En revanche, certaines de ses activités le seront et le métier continuera donc d’évoluer, ce qui n’est finalement pas une nouveauté.

 

Comment l’utilisation d’un tel outil d’intelligence augmentée en médecine vétérinaire pourrait-elle impacter la formation initiale dispensée en école vétérinaire ?

De deux manières : la première en étant utilisé au cours de la formation pour que l’étudiant(e) compare son diagnostic ou sa prescription à ce que suggère l’outil ; la seconde parce que la diffusion massive de ces technologies va transformer la plupart des métiers. Il est donc nécessaire d’adapter la formation, comme elle s’est adaptée à l’essor d’Internet. Il ne sera plus nécessaire d’accumuler autant de connaissances, mais il faudra développer de la connaissance sur les connaissances, et la capacité à « sous-traiter » une partie du processus intellectuel à un outil d’assistance, tout en en gardant la maîtrise de l’ensemble.

 

Watson exploite des données « big data », terme qui fait peur, surtout lorsque ces big data sont faites de données personnelles aussi intimes que celles de la santé. Comment rassurer les utilisateurs, vétérinaires ou patients, sur leur exploitation ? Quelle articulation pour le vétérinaire avec l’obligation déontologique de secret professionnel ?

Effectivement, la collecte, le stockage et la circulation de données de santé doivent faire l’objet d’un encadrement pour éviter tout débordement. Il est essentiel de veiller à ce que des acteurs ne prennent pas possession des données sans accord explicite, et donc de connaître la politique de ceux auxquels on s’adresse (éditeurs, hébergeurs cloud, …) en matière de propriété, mais aussi de sécurité et de confidentialité, des données. Ce sont ces dernières, avec les techniques de désidentification et d’anonymisation des données, qui permettront de respecter le secret professionnel.

Pour autant, l’informatique cognitive offre d’autant plus de valeur qu’elle peut s’appuyer sur de grandes quantités de données. Il ne faut donc pas qu’un cadre trop strict limite l’innovation et la valeur dont pourraient bénéficier à la fois les patients et les praticiens.

Les vétérinaires et les instances professionnelles ont un rôle à jouer en la matière, afin de contribuer à fixer le cadre, et éventuellement comme tiers de confiance, si par exemple on mettait en place un dossier médical partagé vétérinaire. Le vétérinaire qui collectera et / ou exploitera des données patients aura le devoir d’expliquer ce qu’il fait et de recueillir le consentement explicite du propriétaire.

 

Vetfuturs – Patrice Domas: « Les évolutions technologiques impactent (et impacteront demain encore plus !) l’exercice vétérinaire à tous les niveaux »

Interview de Patrice Domas, Docteur Vétérinaire, dirigeant de BLUE TINTO et cofondateur de PRONOZIA

VFF:Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Patrice Domas: Doctorat de l’Ecole Nationale Vétérinaire de Nantes (sorti en 1984). Diplômé de l’Ecole Supérieure de Commerce de Clermont-Ferrand : Cycle Finance-Contrôle de Gestion (1990) et un Master en Ressources Humaines (2011).   30 ans d’expérience professionnelle dans des univers variés (de la Très Petite Entreprise à la multinationale) touchant le plus souvent au domaine de la santé (animale et humaine). Actuellement, je suis très investi dans le monde de l’entrepreneuriat, de l’enseignement supérieur, du conseil et de la formation continue.

Avez-vous été praticien après l’obtention de votre diplôme de vétérinaire ?

Oui, à temps plein pendant 3 ans (en clientèle mixte essentiellement) puis à temps partiel pendant les 10 années suivantes.

Quelles ont été les motivations qui ont fait que vous avez emprunté une autre voie que celle de vétérinaire praticien ?

Une attirance forte pour le monde de l’entreprise tout en restant en lien avec ma formation initiale de vétérinaire, … D’où, entre autres, les 2 décennies passées dans différentes entreprises de l’industrie pharmaceutique.

Comment les évolutions technologiques impactent-elles selon-vous l’exercice vétérinaire ?

Les évolutions technologiques impactent (et impacteront demain encore plus !) l’exercice vétérinaire à tous les niveaux. Très prochainement, nombre de technologies numériques s’avéreront extrêmement utiles pour le praticien dans son exercice quotidien. Prenons par exemple le cas des dispositifs connectés (à installer sur des animaux de compagnie et/ou de production). Certains d’entre eux, en cours de développement, ont vocation à être de véritables outils de propédeutique au service des vétérinaires. Ces dispositifs permettront d’aller de la collecte de commémoratifs pertinents et précis sur le cas clinique présenté en consultation jusqu’à son suivi en quasi-continu une fois le traitement mis en place.  L’expertise vétérinaire ne pourra qu’en sortir renforcée, avec l’opportunité pour le praticien d’aller plus en avant dans la précision de son diagnostic ainsi que dans l’établissement d’un pronostic.

Pensez-vous que la formation initiale des vétérinaires les prépare suffisamment à l’arrivée d’un nouveau mode d’exercice lié à ces évolutions technologiques ?

Ne connaissant pas dans le détail le programme des études dispensées actuellement dans les écoles vétérinaires, il m’est difficile de me prononcer sur ce sujet. Néanmoins, il est évident qu’un travail de sensibilisation est mené depuis quelques années auprès des élèves. Je suis d’ailleurs partie prenante de ladite sensibilisation via les interventions que l’on me demande de réaliser au sein de VetAgro Sup.

Comment les accompagner afin qu’ils ne se sentent pas menacés par la révolution numérique, mais qu’ils en fassent au contraire un atout dans leur pratique au quotidien ?

La profession vétérinaire n’est pas sans savoir relever les défis de toutes sortes, l’histoire le prouve ! Un bémol cependant, tout va vite, très vite avec le numérique. D’où à mon sens la nécessité de faire preuve de beaucoup de réactivité, voire même mieux de proactivité (l’initiative VetFuturs est un très bon exemple). Sinon, nous risquons de nous faire dépasser par des acteurs économiques qui ne voient pas nécessairement le « véto » comme acteur central de l’écosystème santé animale. Ceci étant dit et ce risque étant identifié, je pense que notre profession est en capacité de s’approprier le numérique, de transformer la menace en opportunité. Surtout si, une fois encore, elle décide d’agir plutôt que de « laisser passer le train ». Du coup, permettez-moi de terminer cette interview sur cette citation de Georges Bernanos, citation qui apparait ici plus que jamais d’actualité : « on ne subit pas l’avenir, on le fait ».