Interview de Patrice Domas, Docteur Vétérinaire, dirigeant de BLUE TINTO et cofondateur de PRONOZIA

VFF:Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Patrice Domas: Doctorat de l’Ecole Nationale Vétérinaire de Nantes (sorti en 1984). Diplômé de l’Ecole Supérieure de Commerce de Clermont-Ferrand : Cycle Finance-Contrôle de Gestion (1990) et un Master en Ressources Humaines (2011).   30 ans d’expérience professionnelle dans des univers variés (de la Très Petite Entreprise à la multinationale) touchant le plus souvent au domaine de la santé (animale et humaine). Actuellement, je suis très investi dans le monde de l’entrepreneuriat, de l’enseignement supérieur, du conseil et de la formation continue.

Avez-vous été praticien après l’obtention de votre diplôme de vétérinaire ?

Oui, à temps plein pendant 3 ans (en clientèle mixte essentiellement) puis à temps partiel pendant les 10 années suivantes.

Quelles ont été les motivations qui ont fait que vous avez emprunté une autre voie que celle de vétérinaire praticien ?

Une attirance forte pour le monde de l’entreprise tout en restant en lien avec ma formation initiale de vétérinaire, … D’où, entre autres, les 2 décennies passées dans différentes entreprises de l’industrie pharmaceutique.

Comment les évolutions technologiques impactent-elles selon-vous l’exercice vétérinaire ?

Les évolutions technologiques impactent (et impacteront demain encore plus !) l’exercice vétérinaire à tous les niveaux. Très prochainement, nombre de technologies numériques s’avéreront extrêmement utiles pour le praticien dans son exercice quotidien. Prenons par exemple le cas des dispositifs connectés (à installer sur des animaux de compagnie et/ou de production). Certains d’entre eux, en cours de développement, ont vocation à être de véritables outils de propédeutique au service des vétérinaires. Ces dispositifs permettront d’aller de la collecte de commémoratifs pertinents et précis sur le cas clinique présenté en consultation jusqu’à son suivi en quasi-continu une fois le traitement mis en place.  L’expertise vétérinaire ne pourra qu’en sortir renforcée, avec l’opportunité pour le praticien d’aller plus en avant dans la précision de son diagnostic ainsi que dans l’établissement d’un pronostic.

Pensez-vous que la formation initiale des vétérinaires les prépare suffisamment à l’arrivée d’un nouveau mode d’exercice lié à ces évolutions technologiques ?

Ne connaissant pas dans le détail le programme des études dispensées actuellement dans les écoles vétérinaires, il m’est difficile de me prononcer sur ce sujet. Néanmoins, il est évident qu’un travail de sensibilisation est mené depuis quelques années auprès des élèves. Je suis d’ailleurs partie prenante de ladite sensibilisation via les interventions que l’on me demande de réaliser au sein de VetAgro Sup.

Comment les accompagner afin qu’ils ne se sentent pas menacés par la révolution numérique, mais qu’ils en fassent au contraire un atout dans leur pratique au quotidien ?

La profession vétérinaire n’est pas sans savoir relever les défis de toutes sortes, l’histoire le prouve ! Un bémol cependant, tout va vite, très vite avec le numérique. D’où à mon sens la nécessité de faire preuve de beaucoup de réactivité, voire même mieux de proactivité (l’initiative VetFuturs est un très bon exemple). Sinon, nous risquons de nous faire dépasser par des acteurs économiques qui ne voient pas nécessairement le « véto » comme acteur central de l’écosystème santé animale. Ceci étant dit et ce risque étant identifié, je pense que notre profession est en capacité de s’approprier le numérique, de transformer la menace en opportunité. Surtout si, une fois encore, elle décide d’agir plutôt que de « laisser passer le train ». Du coup, permettez-moi de terminer cette interview sur cette citation de Georges Bernanos, citation qui apparait ici plus que jamais d’actualité : « on ne subit pas l’avenir, on le fait ».