Le point de départ de la réflexion d’Emmanuel est : Comment le Vétérinaire est représenté sur les supports de fiction ?
Au cours du temps, Emmanuel accumule les références afin d’en identifier un message commun.

Quelle est, pour toi, l’image du véto au sein du Grand Public ?

La base culturelle de l’image vétérinaire n’est pas neutre au sein de notre société. Le vétérinaire est celui qui sait parler aux animaux, son âme sœur, son ange gardien.
Ce mythe, né au XIXème siècle a trouvé sa maturité dès la fin des années 60. La série TV Daktari, si ancrée dans le mythe Vétérinaire, est restée dans les mémoires.
Même dans les émissions actuelles de Téléréalités où le vétérinaire est mis en scène, on ne peut échapper au long moment d’échange entre le vétérinaire et l’animal : il le regarde, il le touche, il lui parle, il le comprend.
Ce mythe est extrêmement positif. Bien des professions rêveraient d’une telle image.
Souvenez-vous, pour les vétérinaires non libéraux, de cette étincelle dans les yeux de votre interlocuteur qui s’allume quand vous lui dîtes que vous êtes véto ! …. et de ce désintérêt immédiat quand vous ajoutez que vous ne soignez plus les animaux….c’est une évidence, vous sortez du mythe !
Ce sentiment demeure au sein de chacun d’entre nous, même si parfois il est très enfoui. On ne se débarrasse pas comme ça de ce qui a nourri une vocation !

Est-ce qu’aujourd’hui, le vétérinaire est en phase avec son image ?

Cette question est complexe. Le Vétérinaire libéral en est certainement le plus proche. Mais il doit faire face à toutes les difficultés d’un chef d’entreprise et du relationnel client. Il n’a donc pas toujours un discours très valorisant sur son métier et s’éloigne naturellement du mythe à l’épreuve de la réalité.

Les vétérinaires en filière industrielle ou en abattoir, par exemple, ont davantage un discours en lien avec la qualité alimentaire et le fait de préserver la santé humaine. Même s’il est louable et pragmatique, le public n’est pas toujours en capacité de l’entendre…
Dans sa vision d’un vétérinaire, il le positionne d’abord, dans ces filières, dans un rôle de garant du bien-être animal.
Pour résoudre cette difficulté, il me semble que les vétérinaires devraient faire l’effort de toujours d’abord communiquer sur leur relation à l’animal, quelle que soit la filière. La communication sur la santé humaine est, bien sûr, utile et possible mais avec, en complément, de la « relation spéciale » du vétérinaire avec les animaux.

Quels sont les risques et opportunités pour notre profession ?

Le plus grand risque serait bien sûr de casser ce mythe très positif. En effet, il est très fort et protecteur car la valeur animale est très présente dans nos sociétés.
La communication vétérinaire doit donc veiller à bien l’appréhender pour éviter d’énormes quiproquos.
A l’inverse, l’émergence du dossier du bien-être animal dans l’actualité est une véritable opportunité pour les vétérinaires. L’ordre et le syndicat ont heureusement participé à positionner le véto dans ce dossier.
La communication sur le rôle du vétérinaire dans la sécurité alimentaire et la santé publique est indispensable mais attention, il faut d’abord construire son discours autour de l’animal puis expliquer les impacts sur l’homme. Même si le véto a plusieurs cordes à son arc, la majorité travaille en relation directe avec les animaux. Ne mettons pas en péril d’image le gros des troupes au nom de la diversité du diplôme.
A défaut, on risque de tuer la poule aux œufs d’or et il faudra longtemps pour reconstruire une image aussi positive d’une autre façon. Je crois même que se serait impossible.

De plus, si le véto quitte cette « niche anthropologique » (celui qui fait le lien avec les animaux), la place sera prise par d’autres : associations défense animale, comportementalistes …
Ce risque est majoré par Internet. Tout d’abord, les vétérinaires sont trop absents du net et ce pour deux raisons :
– Ils appréhendent mal le mythe du véto et vivent leur métier différemment. Les débats en ligne leur semblent souvent « à côté de la plaque ».
– Ils préfèrent se concentrer sur le concret plutôt que le discours.

Mais le risque est double :
– Internet a tendance à tout remettre en cause et donc à « grignoter » ce mythe ultra positif du vétérinaire. Les vétos seraient donc inspirés de le défendre intelligemment.
– La place privilégiée de « l’homme qui comprend les animaux » commence à être revendiquée par d’autres. C’est une énorme enjeu de légitimité pour la profession.

Le besoin de lien entre l’animal et l’homme est anthropologique et il perdurera. La société voit les vétos comme les gardiens de ce lien. Sauront-ils conserver cette image ?

Quelques références :
le Vétérinaire Rural doit construire son discours à l’adresse du Grand Public (Bulletin GTV Mai 2014).
Féminisation un atout d’image ? (Journée GTV Mai 2014)