Interview de Pierre DUFOUR (Toulouse 2016), entrepreneur

« Je souhaite que les nouvelles technologies optimisent la relation entre les propriétaires d’animaux et les vétérinaires dans le respect du Code de déontologie »

Pierre DUFOUR, vous êtes tout jeune diplômé, puisque vous venez de soutenir votre thèse d’exercice. Pourquoi avoir fait le choix professionnel de développer de nouvelles technologies au service de la profession plutôt que celui de la pratique professionnelle ?

Je continue à pratiquer, à temps partiel, mais si j’ai choisi de passer la majorité de mon temps au développement d’un chatbot vétérinaire c’est pour deux raisons. Premièrement, car j’aime l’idée de créer une entreprise, et par elle un outil capable d’aider les propriétaires avec des informations fiables et rapides. Et deuxièmement, car j’ai à cœur de faire évoluer la profession vétérinaire en lui donnant la possibilité de s’approprier ces nouvelles technologies. Je suis très enthousiaste à l’idée de les utiliser et impatient de voir notre profession entamer la révolution numérique.

Comment, selon vous, la révolution numérique transformera-t-elle l’exercice au quotidien du vétérinaire praticien ?

La révolution numérique offre indéniablement de nouveaux outils. Ce sont ces outils qu’il nous faudra apprendre à utiliser. Selon moi, ils changeront notre manière d’apprendre, ils nous permettront de davantage nous focaliser sur la réflexion et l’éthique. Ils seront de futurs examens complémentaires très puissants qui nous donneront des informations supplémentaires à interpréter et à intégrer dans une démarche thérapeutique globale.

Quel en sera l’impact sur la relation entre le propriétaire et le vétérinaire ? S’agira-t-il d’améliorer le service rendu au client ? De dégager des gains de productivité pour l’entreprise vétérinaire ?

La relation entre le propriétaire et le vétérinaire est au cœur de notre métier. La technologie nous permet bien sûr d’améliorer le service rendu grâce à une prise en charge du patient plus adaptée, plus personnalisée. Mais elle nous permet surtout, en facilitant des tâches répétitives, automatisables, et en augmentant notre gain de productivité, de nous concentrer sur l’humain et sur ses atteintes.

A quel point pourra-t-on parler de télémédecine vétérinaire sans déroger aux dispositions du Code de déontologie? Comment concilier l’apport des nouvelles technologies dans l’exercice et les obligations déontologiques du vétérinaire telles que le secret professionnel si des données confidentielles transitent par des outils d’intelligence artificielle ?

Pour l’instant, la télémédecine est interdite au sein de notre profession. En médecine humaine, on voit déjà l’émergence de nouveaux services de téléconsultation. Ce sujet est très complexe et nécessite une réflexion sérieuse et mesurée. À titre personnel, je pense que nous ne devons pas oublier ce qui la motive : l’animal et son bien-être, et réfléchir dans ce sens. Tout n’est pas blanc ou noir et certains sujets sont à nuancer : la télémédecine ne signifie pas l’absence du vétérinaire. L’examen clinique physique restera pour moi toujours essentiel. Quant à la confidentialité des données, il est vrai que c’est un problème auquel la profession devra faire face, en faisant sienne, par exemple, ces technologies et les datas qu’elles créent. Nous avons la chance d’avoir une profession réglementée, avec une notion de confraternité, et c’est une force que nous ne devons pas sous-estimer.